Le Marais Secret et Insolite

Le-Marais secret et insolite Nicolas B. Jacquet

Le fil d’Ariane

« Faisant voir un Paris au monde, fait voir un monde dans Paris », Légende du plan de Paris par Vassalieu (1614)
Royal, aristocratique, populaire, bohème, bourgeois... le Marais fut tout cela, tour à tour ou parfois simultanément. Il s’enracine dans une capitale capricieuse qui l’a tantôt choyé, tantôt délaissé, alors qu’il est son coeur et son âme. Sans rancune, il fait figure aujourd’hui de refuge dans un Paris bruyant, agité, oublieux de lui-même. Ses ruelles étroites aux vieux pavés, ses cours théâtrales ou ses passages discrets réservent à ceux qui les parcourent au rythme nonchalant du promeneur de belles surprises. Le quartier s’offre dans ses plus beaux atours comme dans des habits ordinaires, encore poudrés de la poussière de son histoire. Si le Marais est devenu une place de choix où l’on se presse aux terrasses pour contempler la comédie humaine, il n’a rien de la carte postale glacée de nombreux centres historiques. Il y a encore ici des habitants, pas tous fortunés, des artisans, des marchés... une vie. En y flânant un soir d’été, on y trouve ce « je ne sais quoi » aux faux airs d’Italie, composé subtil et non prémédité de façades décrépies, de petites places, de portails majestueux, d’églises sur les marches desquelles on engage sans façon la conversation avec un inconnu. La magie des lieux opère parce que la dolce vita est à portée de main, ici, maintenant, dans ce quartier qui a su garder son identité, son caractère et ses habitudes. Ce sont d’ailleurs les habitants eux-mêmes qui sont les premiers acteurs de cette séduisante alchimie. On sent ici plus qu’ailleurs l’attache du temps et l’enracinement. On objectera, bien sûr, les boutiques branchées, les établissements réservés aux porteurs de cartes de crédit dorées sur tranche, les lieux à la mode... et on aura raison. Tout comme on observera que les paillettes côtoient le vrai et l’ordinaire. Qu’y a-t-il de nouveau ? Au temps des rois et des hôtels particuliers, les carrosses aristocratiques parcouraient des rues bruissant d’une animation populaire, des cours sonores retentissaient du martèlement des sabots de nobles équipages et d’autres des outils des artisans. L’or est cousu dans les haillons... et Dieu sait que les fils de l’histoire sont emmêlés dans le Marais ! Quartier aux multiples apparences et aux géographies diverses – son Haut, son Bas, de Rivoli à Beaubourg et du Temple aux « vieilles coutures » –, il forme un grand palimpseste où se superposent les strates du temps et ses visages. Et si personne n’a jamais vraiment pu l’organiser, tout s’y imbrique et tout y tient comme par magie. C’est précisément sa richesse ; cette mosaïque architecturale et artistique est un refuge pour l’âme, un labyrinthe pour les pas perdus et une invitation au rêve.

Plan Turgot Paris Marais
   Le Marais, extrait du plan de Paris par Turgot (1739) © BHVP
    © Nicolas B. Jacquet / dessin Marie-Amélie Tek DPLG © http://www.archi-tek.fr/